
Ouverture, par Sylvie Courtine-Denamy (philosophe)
Chronique morale : Des citoyens, des mineurs et des majeurs ( résumé), par Hubert Vincent (IUFM Nord-Pas-de-Calais)
Le point de départ est la revendication des associations
de chômeurs de recevoir du gouvernement une prime de Noël. Hubert
Vincent analyse cette situation riche de faux-semblants pour poser
la question du droit, de la reconnaissance et de la responsabilité
politique. Il y voit aussi des points de départ instructifs pour
conduire à l'école l'éducation à la citoyenneté, en particulier
sur ce point : comment l'instance légitime (les enseignants)
peuvent-ils amener sans démagogie les élèves (dont les demandes
peuvent paraître absurdes et malgré cela) à participer de façon
raisonnée à des prises de décision.
Notion : Déontologie professionnelle ( résumé), par François Jacquet-Francillon (INRP)
Certaines professions ont établi pour elles-mêmes des
«codes» de déontologie. Ils sont à la fois l'expression et la mise
en forme de la «moralité publique», dans certains de ses
aspects. Sur cette base, l'auteur distingue des devoirs relevant
de la morale commune (honnêteté, respect d'autrui) et d'autres
relevant de la conscience professionnelle d'une part, de l'éthique
professionnelle d'autre part. Il en explore et en analyse les
formes et les conditions pour discuter de questions difficiles :
quel bien, quel idéal, quelles valeurs se trouvent ici en jeu - au
plus profond de chacun ? Mais ce type d'interrogation sur
l'exercice du métier ouvre aussi l'espace des souffrances
professionnelles.
Dossier : L'amour des enfants
Présentation, par Alain Vergnioux (Université de Caen)
Aimer les élèves, un tabou ( résumé), par Pascal Bouchard (écrivain, journaliste)
L'auteur fait l'hypothèse d'un «être enseignant» qui se
laisse percevoir à travers des comportements collectifs, souvent
de résistance, un inconscient producteur de «mythologies», de
précepts, de grilles d'interprétation du réel. L'«être enseignant»
dénie en particulier qu'il puisse circuler dans une classe du
désir. C'est cet interdit qu'interroge Pascal Bouchard, pour
montrer que les adolescents ont à la fois besoin de ce désir (qui
médiatise leur rapport au savoir) et besoin d'en être
protégés.
Que seront les futurs liens familiaux ? ( résumé), par Boris Cyrulnik (éthologue)
Que seront les enfants de demain ? Pour répondre à cette
question, il faut d'abord repérer les transformations économiques,
sociales et biologiques qui remodèlent l'espace de la famille : de
nouvelles formes de travail, des espaces de communication
virtuels, mais aussi de nouvelles manières d'être des corps -
quand l'enfantement devient techniquement maîtrisé et quand recule
l'affaiblissement de la vieillesse. De nouveaux réseaux de
socialisation offrent à l'enfant de nouveaux tuteurs de
développement, de nouvelles cartographies affectives. «Être père»,
«être mère» s'inscrivent dans des fonctionnalités multiples : les
enfants en seront-ils plus heureux, mieux aimés ? L'auteur se
garde bien de toute prévision.
La relation maître-élève : Une subtile perversion toujours
à l'oeuvre ... ( résumé), par Daniel Marcelli (CHU-CHR Poitiers)
Après un détour par la dimension homosexuelle
institutionnalisée de l'éducation dans l'Antiquité grecque,
l'auteur analyse les entrecroisements subtiles qui existent dans
la relation pédagogique entre savoir et perversion. Deux voies
s'ouvrent pour l'enfant, celle, émancipatrice, d'une sublimation
acceptant la castration, l'autre, régressive, que l'auteur
qualifie d'«épistémomanie». Mais le manque est aussi du côté de
l'enseignant, dont le sort se partage entre la représentation d'un
enfant ignorant qu'il faut remplir et celle d'un génie potentiel
tout puissant face auquel ses pratiques professionnelles font pâle
figure. Si les deux positions de l'enfant et du maître entrent en
concordance, le fétiche passe de l'un à l'autre dans un plaisir
partagé et pervers. Sinon, surviennent violences, révoltes,
humiliations.
«Qui aime bien, châtie bien» Le pédagogue et le corps de
l'enfant dans la France du XIXe siècle ( résumé), par Jean-Claude Caron (Université de Franche-Comté)
Malgré l'interdiction des châtiments corporels édictée dès
la naissance de l'Université napoléonienne, la littérature du XIXe
siècle abonde en témoignage sur la violence de l'école à l'égard
des élèves, mais, selon le rapport des ouvrages de médecine et les
archives judiciaires, les familles ne sont pas en reste. La fin du
siècle voit apparaître les procès en pédophilie, question
jusqu'alors laissée sous silence, mais ils concluent en général de
façon indulgente en faveur des adultes. Que l'enfant soit malmené,
on ne peut en douter : dans son corps en quelque sorte s'inscrit
l'évolution de la morale.
«Si petit enfant et si grand pêcheur» ( résumé), par Jean-Marc Lamarre (IUFM des Pays de Loire)
Par les droits qu'elle leur accorde, la Convention
Internationale des Droits de l'Enfant veut considérer les enfants
comme des adultes, des citoyens à part entière. N'y a-t-il pas là
quelque paradoxe ? Faut-il voir dans cette attitude la volonté de
compenser une image trop longtemps négative de l'enfance, image
que nos habitudes de pensée rattachent à saint Augustin ? C'est à
ce réexamen de la représentation augustinienne de l'enfant que
J.-M. Lamarre consacre sa réflexion ; il montre que, la méditation
d'Augustin sur l'enfance, plutôt que de lui faire porter tout le
poids du pêché originel, en fait la métaphore de la faiblesse
irréductible de l'humanité : l'enfant si pleinement humain ! S'il
faut aimer les enfants, c'est, selon l'expression d'Hans Jonas,
d'un amour de responsabilité, non de rachat ou de
condescendance.
La charte de Mentor, par Marie-Louise Martinez (CNEFEI)
Étude : L'inspecteur Général Jules Lachelier face à l'anticléricalisme :
une note inédite de 1889 sur l'«affaire Jules Thomas» ( résumé), par Laurent Fedi (lycée de Douai)
Jules Thomas, jeune professeur républicain, publie en 1889
un Manuel de philosophie morale assez critique à l'égard de la
morale chrétienne sous l'argument d'hétéronomie. Il n'en fallait
pas davantage pour inquiéter les notables, la hiérarchie et
provoquer un rapport de l'Inspecteur Général J. Lachelier. Puisant
dans des archives inédites, l'article nous éclaire sur la
philosophie religieuse de Lachelier et ses rapports avec la
religion, la place de Renouvier dans les débats philosophiques de
l'époque et les enjeux qui pèsent sur un enseignement laïque de la
philosophie dans le contexte difficile d'instauration de la IIIe
République.
Actualité : Alfred Binet, «l'homme mystérieux» ( résumé), par Elisabeth Chapuis (Université Paris XIII)
L'année 1999 a marqué le centenaire de la Société Alfred
Binet. Elisabeth Chapuis évoque la figure d'un homme demeuré
marginal dans son époque et à bien des égards énigmatique. Surtout
connu de la postérité comme l'inventeur de la psychométrie et
l'initiateur à l'école parisienne de la Grange-aux-Belles des
premières formes de la psychologie scolaire, il fut aussi un
expérimentateur infatigable et audacieux, créateur de revues et
auteur de pièces de théâtre à succès pour le Grand
Guignol.
Pratiques : «Les temps difficiles» de Charles Dickens ( résumé), par Patrick Thierry (IUFM de Versailles)
Le roman de Dickens, Les Temps difficiles, a été écrit en
1854. C'est une charge sarcastique contre le modèle d'une
éducation positiviste, inféodée aux «faits», mais au delà c'est la
philosophie utilitariste de Bentham et Mill qui est visée. Nous
donnons des extraits des deux premiers chapitres. Le commentaire
de Patrick Thierry en restitue ensuite le contexte et les enjeux
et établit un rapprochement original entre le sort du héros de
Dickens et le destin personnel de J.S. Mill, une sorte de désastre
héroïque.
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