
Ouverture, par Roger-Pol Droit (CNRS)
Chronique morale ( résumé), par Alain Vergnioux (Université de Caen)
L'école manifeste sa lumière, énonce et rend visible ;
elle est aussi caverne obscure et son message se laisse
difficilement déchiffrer. L'auteur commente ici librement un
passage de Michel Serres où se rencontrent Gygès et sainte
Bernadette.
Notion : Mondialisation ( résumé), par Marie Cuillerai
La mondialisation traduit en français un terme américain :
Globalization. La «globalisation», mot clé d'une culture
d'entreprise non universalisable est généralement conçue comme une
intégration internationale (une unification du monde) liant par
l'échange économique, sans laisser de reste, les sociétés et les
Etats. Traduire par «mondialisation», note in fine l'auteur, aide
à prendre conscience de l'existence d'un reste : la politique à
l'échelle universelle. L'argent mondial, comme celui du commerce
entre les Cités au temps d'Aristote, affecte aujourd'hui les
institutions politiques qui ont associé dans le cadre de
l'Etat-nation la démocratie et l'économie de marché.
Dossier : Citoyen du monde
Présentation, par Hubert Vincent
La Panhumanité d'Empédocle ( résumé), par Alain Vergnioux (Université de Caen)
La personnalité d'Empédocle concentre tous les aspects de
l'épistèmè antique. Physicien, médecin, sage, prophète, politique,
il assure aussi, avant Aristote, la synthèse entre les conceptions
éléatique, héraclitéenne et pythagoricienne du monde. Si l'on peut
voir dans ses poèmes une vision de l'unité de l'humanité, elle
trouve son fondement dans la pensée de l'unité du cosmos :
physique, cosmologique, biologique et divine - sous les concepts
de l'harmonie et de la concorde.
Remarques sur les origines grecques du cosmopolitisme ( résumé), par Jean-François Prado (Université Marc Bloch, Strasbourg)
Au-delà de son origine stoïcienne, c'est à la pensée
commune des penseurs et philosophes grecs de l'antiquité qu'il
faut rapporter la notion de cosmopolitisme. Tous partageaient en
effet une référence constante, quoique très diversement
interprétée, aux notions de loi naturelle et de kosmos. Le détour
par cette origine grecque de la notion permet en outre de repérer
à l'état naissant des conflits qui sont quasi les nôtres
aujourd'hui entre deux façons de penser le
cosmopolitisme.
La démocratie religieuse de Pierre Leroux,
ou les Esséniens du monde ( résumé), par Laurent Fedi (CNRS)
Pierre Leroux (1797-1871) a cherché, en tirant les
conséquences de la Révolution française, à réunir en théorie
l'homme et le citoyen. Refusant de disjoindre politique et
religion, ce penseur de la «solidarité» pose le concept
cosmopolitique de «Démocratie religieuse». Dans cette étude, on
sollicite les textes de Leroux pour leur faire dire ce qui s'y
trouve, sinon rigoureusement défini, du moins fortement pressenti
: une citoyenneté étendue à l'Humanité, forme moderne, politique,
de l'Essénianisme.
Positions politiques et perspective cosmopolitique chez Habermas ( résumé), par Pierre Statius (IUFM de Franche-Comté)
Les derniers écrits de J. Habermas permettent de cerner
les motifs qui nous imposent aujourd'hui une réflexion sur la
citoyenneté du monde, à partir de Kant assurément, mais aussi bien
en confrontant les exigences légitimes que celui-ci avait su poser
aux données significatives de notre temps. Ils permettent
également de prendre la mesure de certains embarras de cette
réflexion, et à partir de là de reconstituer la logique des
différentes positions en présence. Enfin, ils font comprendre le
rôle clef de la construction européenne dans ces
problèmes.
Entre république et démocratie : politique de Derrida ( résumé), par Hervé Touboul (Université de Franche-Comté)
Entre démocratie et république, entre le souci du
singulier et le souci de l'universel, entre l'attachement à ma
langue et mon apprentissage des autres langues, entre mon
individualité et la culture, la voie peut sembler étroite et
périlleuse, comme s'il y avait à choisir ou à se défendre de
choisir. En fait, pas exactement, et l'oeuvre de J. Derrida, -
évoquée ici dans ses thèmes essentiels, mais aussi dans ses
aspects qui touchent directement à la politique -, s'est
constamment et rigoureusement tenu dans ces entre-deux, elle en a
cherché les multiples passages par lesquels celui-ci ne cesse de
se défaire et de se refaire, et ne cesse ainsi de provoquer la
réflexion.
Hannah Arendt, l'éducation et la question du monde ( résumé), par Philippe Foray (Université de Saint-Etienne)
Un certain nombre de thèmes de la philosophie de Hannah
Arendt - essentiellement les thèmes du monde et de l'oeuvre, de
l'éducation, des droits de l'homme et du communautarisme -, sont
exposés ici de façon serrée et scrupuleuse. Cette lecture patiente
a pour effet de montrer que les découpages si strictes de
l'expérience auxquels cette philosophie procéda si souvent -
opposant par exemple le monde de la culture et sa «durabilité»
essentielle à la consommation ou au loisir - entretiennent des
liens plus étroits qu'il n'y paraît à une première lecture, pour
trouver, peut-être, dans l'horizon d'un «monde» des hommes leur
problématique unité.
Délire et rêves dans la citoyenneté du monde ( résumé), par Martine Meskel-Cresta (IUFM de Versailles)
La citoyenneté du monde, tel un Janus, présente bien deux
visages, deux aspects. C'est tout d'abord avec les ressources de
la psychanalyse que ces deux aspects sont interrogés et finalement
saisis dans l'opposition du rêve d'une part, du délire d'autre
part : croire à la citoyenneté du monde, vouloir y croire, sans
doute oui ; mais y croire trop, s'y croire, ne va pas sans
danger. Dans un second temps, et avec l'aide de K. Kraus, cette
citoyenneté du monde est pensée comme fidélité à la langue et à sa
loi, autant contre la prose journalistique qui finalement l'énerve
et la vide, que contre les puristes qui sous prétexte d'en sauver
l'essentiel, en perdent l'esprit.
Littérature et voix Tziganes ( résumé), par Marie-Dominique Wicker (IUFM de Versailles)
Le peuple tsigane (cinquante millions dispersés dans tous
les pays) offrirait-il une possible modalité de la citoyenneté du
monde ? Il revendique auprès de l'O.N.U. la reconnaissance de
«nation sans Etat». Les Gajé (les non-tsiganes) savent peu que les
Roms, de tradition orale, ont fait leur entrée dans la littérature
écrite et que leurs écrivains sont passeurs désormais de leurs
valeurs fondatrices. C'est par le biais d'une certaine poétique
des voix narratives qu'ils nous initient à tous les aspects de
leur culture.
Étude : La conférence pédagogique : un idéal type de la République ( résumé), par Hervé Terral (IUFM de Toulouse)
La conférence «pédagogique» trouve de lointains modèles
dans les réunions savantes du XVIIIe siècle, les associations
d'éducation populaire du XIXe, les «retraites»
religieuses. D'abord conçue comme échange de points de vue entre
les maîtres et consolidation de leurs savoirs, elle devint
rapidement un moyen de contrôle aux mains des inspecteurs, puis de
«normalisation» républicaine et laïque des instituteurs de la
Troisième République. L'enseignement secondaire lui demeura
toujours réfractaire ; elle constitua en revanche un instrument
efficace de la constitution de la culture de l'école
primaire.
Correspondance : L'éducation incessante : Philosophie et Pédagogie chez
Jean-Marie Guyau ( résumé), par Jordi Riba (Université de Gerone)
J.-M. Guyau est au carrefour de plusieurs époques. Sa
brève existence (1854-1887) lui permit cependant de connaître le
Second Empire, la Commune, l'invasion allemande, la progressive
installation de la Troisième République. Héritier de Platon et de
Kant, il subit aussi l'influence de Comte, Spencer, ou
Nietzsche. Ses thèses sur l'éducation lui valurent une audience
internationale : adossées à une philosophie morale, elles veulent
faire la synthèse entre les idéaux classiques, les points de vue
nouveaux de la sociologie spencérienne, les choix libertaires de
Tostoï : un souci les rassemble, l'éducation doit permettre aux
jeunes générations d'affronter dans les meilleures conditions un
monde nouveau, complexe et difficile.
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