
Ouverture : Enfantines (extrait), par Valéry Larbaud
Chronique morale : À l'école du jeu sportif ( résumé), par Michaël Clad (Collège Victor Hugo, Noisy-le-Grand)
La pratique des sports à l'école est éminemment ambiguë :
constamment sollicités (au titre de l'épanouissement de soi, de l'éducation
à la citoyenneté…), ils sont constamment secondarisés, voire
ignorés. L'auteur opère un certain nombre de rappels historiques
utiles. Dans sa tradition historique, aristocratique ou populaire et
villageoise, le sport est d'abord détente et plaisir ; sous la forme de
l'agôn, il vise la victoire et demande rigueur et patience. L'éducation
physique et sportive à l'école peut-elle favoriser à la fois le jeu et
l'esprit de compétition ? En fait, comme le rappelle M. Serres, la pratique
du sport est bien plutôt "apprendre à perdre" et son usage (scolaire) serait
dès lors une habituation à l'échec – sauf à assumer sa pure dimension de jeu
et admettre qu'il ne sert à rien (mais sa rationalisation didactique ne
plaide pas en ce sens).
Notion : Le sommeil ( résumé), par Alain Vergnioux (Université de Caen)
Le sommeil rythme nos nuits et nos jours, de façon immédiate et
simple. Mais sa réalité est plus troublante. Proust et Kawabata décrivent
l'inquiétante énigme que soulèvent, dans les frémissements de leur abandon,
les "belles endormies". Shakespeare poursuite avec malice les fantaisies et
sortilèges qui assaillent les dormeurs du Songe d'une nuit d'été. Dans ses
fonds les plus noirs, le sommeil ouvre aussi la porte aux monstres de la
nuit et à leurs terrifiants cortèges. Mais pour l'auteur, si la littérature
à fait du sommeil et du rêve un des ses thèmes de prédilection, c'est
peut-être le cinéma qui "mime" au plus près son expérience
incomparable.
Dossier : L'enfant et l'imaginaire
Présentation, par Dominique Ottavi (Université Paris VIII)
Imaginaire et attestation de soi ( résumé), par Gérard Wormser (ENS Lyon)
L'enfant imagine le monde en même temps qu'il apprend à le vivre ;
l'imaginaire lui permet de d'en imaginer les possibles – leur donner
"figure". L'auteur en apporte le témoignage à travers l'expérience picturale
d'Yves Tanguy ou de Max Ernst qui posent de façon radicale la possibilité de
toute figuration, l'expression des énergies et matérialités qui les
constituent. En termes sartriens, le "pratico-inerte" est la clé de
l'imaginaire. L'imaginaire permet en effet au sujet d'advenir à lui-même,
dans un mixte de matérialités et d'illusions, les œuvres de l'enfance sont
le terreau de l'existence adulte.
L'enfant dans l'adulte, l'élève dans le maître ( résumé), par Florence Giust-Desprairies (Université Paris VII)
À partir d'un travail clinique avec des groupes d'enseignants,
l'auteure met en lumière l'impact de leur propre passé comme élève dans les
relations qu'ils entretiendront ensuite avec les classes. Le cas présenté
est celui d'une enseignante partagée entre une enfance en Algérie qui a
nourri son imaginaire et une scolarisation en métropole après la
décolonisation, cette dernière demandant le refoulement de l'expérience
enfantine. L'analyse montre comment cette enseignante a trouvé dans la
culture gréco-romaine le fonds "méditerranéen" qui lui a permis de renouer
les deux faces de son identité et comment cela lui a aussi permis de mieux
comprendre le rapport de ses élèves à l'institution scolaire.
Les enfants face aux contes merveilleux : un imaginaire de
l'autre ? ( résumé), par Renaud Hétier (UCO Angers)
L'enfant, originairement, rencontre le monde par le corps. Selon
l'auteur, ce rapport est façonné par la peur, la chute, l'annihilation. Le
recours à l'autre cependant reste ambivalent en ce qu'en même temps, il
protège et aliène. Le dilemme est alors le suivant : comment affronter
l'ambiguïté de la dépendance ? Ces différents traits structureraient de
façon primordiale l'imaginaire enfantin. L'auteur analyse dans cette
perspective les contes merveilleux de la tradition, examine la culture
"sauvage" de l'enfant, en quoi cet imaginaire peut heurter l'imaginaire
dominant adulte et quel rapport au temps il instaure.
L'imaginaire proposé par les jeux vidéos ( résumé), par Marina d'Amato (Université Rome III)
Ce qui distingue les jeux vidéos et les rend particulièrement
attractifs, c'est la possibilité donnée à l'utilisateur de devenir le
protagoniste des histoires racontées et d'y agir à la première
personne. L'auteure analyse cette immense production, dans son histoire déjà
ancienne (1958), ses modes de conception, de fabrication et de
diffusion. Elle remarque également que tant dans les thèmes, les
identifications qu'en pourcentages d'utilisateurs, les jeux présentent des
dominantes masculines. Les valeurs morales qu'ils véhiculent sont courage,
persévérance, inventivité, mais tous demandent aussi au joueur de savoir
faire ses preuves et n'excluent pas la cruauté dans un monde où la mort
souvent sanctionne l'erreur ou l'échec.
Le public des enfants ( résumé), par Dominique Ottavi (Université Paris VIII)
Méditant sur la place de la littérature dans la culture, P. Hazard
en 1932 accorde toute son attention à l'expression de la sensibilité
enfantine dont il voit la marque lointaine dans les contes populaires. La
littérature édifiante comme l'intrusion de la pédagogie dans l'éducation
manifestent à cet égard un déclin dont J.-J. Rousseau fut en un sens
l'initiateur. Il s'agirait dont de rendre au "peuple enfant" sa liberté dans
le choix de ses lectures et de ses créations littéraires, ce qui permettrait
aussi de revivifier une culture européenne vieillissante.
Pour en finir avec le XXe siècle et ses éternelles adolescences, un
roman d'éducation pour le troisième Millénaire ( résumé), par Marie-Louise Martinez (IUFM de Nice)
Une lecture des sept tomes d'Harry Potter avec les outils de
l'anthropologie mimétique permet de montrer que l'œuvre de madame Rowling
présente une véritable vision de la société, de l'école et de
l'éducation. On trouve dans la saga une mise en lumière de la violence dans
ses deux principaux processus : ségrégation ou confusion. Rompant avec les
best-sellers du XXe siècle et leur fascination romantique pour
l'adolescence, Harry Potter renverrait au travail de refondation
anthropologique à l'œuvre aujourd'hui dans les imaginaires de la jeunesse
contemporaine. L'histoire des petits sorciers contribuerait donc à une
nouvelle intelligibilité de l'humain et au désensorcellement du
monde.
L'Oiseau Bleu : histoire d'une revue rédigée par des enfants pour des
enfants (1922-1929) ( résumé), par Laurent Gutierrez (Université Paris VIII)
En créant L'Oiseau Bleu en 1922, R. Cousinet voulait promouvoir une
littérature enfantine fondée sur des bases scientifiques : la pédagogie
expérimentale. La méthode de "travail libre par groupe" le conduit à faire
écrire des contes par les enfants. Il donne aux enseignants désireux de
suivre sa méthode des indications précises qui préservent leur autonomie et
leur liberté de décision. Rapidement, la revue suscita de nombreuses
attaques (proches de celles que rencontre Freinet avec le texte libre) et
des difficultés matérielles. Il n'importe, Cousinet développe le projet en
créant des "bibliothèques enfantines" propres à enrichir et promouvoir la
littérature pour enfants, dont L'Oiseau Bleu aurait pu être un
modèle.
Document : Écrits de jeunes délinquants ( résumé), par Mathias Gardet (Université Paris VIII)
Les centres d'observations mis en place pendant les années 1940
accueillent sous le régime de l'internat et pour une période de trois mois,
de jeunes délinquants, avant de les orienter vers les établissements de
l'éducation surveillée. Il y subissent un certain nombre de tests destinés à
détecter chez eux troubles du comportements, degré d'intelligence, déviances
ou perversités. De fait, les écrits présentés, issus des archives du centre
de Savigny-sur-Orge laissent une large part à leurs désirs et à leurs rêves,
comme à leur regard acérée sur la société où ils sont nés.
Étude : Kfar-Yeladim ou le village des enfants : l'expérience pionnière de
Pougatchev en Eretz-Israël, vue par Joseph Kessel (1926) ( résumé), par Laurent Fedi (IUFM d'Alsace) et Yaffa Wolfman (Université de Bar-Ilan, Israël)
Les auteurs présentent et commentent le texte de J. Kessel où il
décrit l'expérience de Kfar-Yeladim ("république des enfants") qu'il visita
en 1926 à l'occasion de son voyage en Israël d– expérience, saluée par
J. Piaget comme A. Ferrière comme exemplaire du projet d'Éducation
nouvelle. A l'instigation du pédagogue ukrainien, S.Z. Pougatchev,
Kfar-Yeladim s'organise selon le principe d'auto-organisation des enfants
(répartition des tâches, Constitution, Tribunal) autour de la notion,
centrale, de "travail". Cette "aventure pédagogique" cependant fut de courte
durée, les orientations traditionalistes en matière d'éducation étant jugées
plus adaptées à la construction du nouvel État.
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